En Asie de l'Ouest, les accords commerciaux et d'investissement ont été mis en avant par des blocs régionaux, ou des puissances individuelles telles qu'Israël, la Turquie ou les Émirats arabes unis. Ces accords servent principalement les intérêts des entreprises et des élites régionales, au détriment des communautés et de l'environnement. Bien que des mouvements sociaux s'y opposent, leur résistance est moins visible que dans d'autres régions en raison de la nature autoritaire de la plupart des gouvernements de la région.
L'une des initiatives les plus anciennes est la Grande zone de libre-échange arabe, également appelée Zone panarabe de libre-échange, lancée par la Ligue arabe en 1978 et entrée en vigueur en 1998. Depuis 2005, la suppression de près de 100 % des droits de douane sur la plupart des produits agricoles et industriels entre les États membres a été mise en œuvre. Les 18 États membres sont : l'Algérie, Bahreïn, l'Égypte, l'Irak, la Jordanie, le Koweït, le Liban, la Libye, le Maroc, Oman, la Palestine, le Qatar, l'Arabie saoudite, le Soudan, la Syrie, la Tunisie, les Émirats arabes unis et le Yémen. Les Comores, Djibouti, la Mauritanie et la Somalie sont candidats à l'adhésion.
Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) comprend Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ; le Yémen ne participe qu'à certaines instances affiliées au CCG. Le CCG s'est attaqué de front aux accords de libre-échange (ALE) bilatéraux à différents niveaux. Certains de ses membres, comme le Bahreïn et l'Arabie saoudite, ont signé des traités bilatéraux avec des puissances étrangères, comme les États-Unis. En tant que groupe, le CCG a conclu des ALE en 2008 avec Singapour et l'Association européenne de libre-échange (AELE), puis avec le Pakistan en 2023. Il négocie actuellement d'autres ALE avec l'ASEAN, la Chine, le Japon, l'Inde, l'Indonésie, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni.
Le CCG a signé un accord de coopération économique avec l’UE en 1988, puis a entamé des négociations en vue de conclure un accord de libre-échange bilatéral en 1990. Cependant, ces négociations ont été abandonnées en 2008, l'UE ayant insisté sur des exigences politiques, sous la pression de groupes de la société civile tels que la Fédération internationale des droits humains. Au Royaume-Uni, des groupes de la société civile ont critiqué l'accord en cours de négociation entre le CCG et le Royaume-Uni pour son mépris des droits humains et des questions climatiques.
Dans le cadre de leur stratégie de diversification de leur économie, en parallèle aux combustibles fossiles, et de consolidation de leur position géopolitique., les Émirats arabes unis ont intensifié la conclusion d'accords commerciaux bilatéraux, appelés « accords de partenariat économique global » (CEPA, selon l'acronyme anglais), ainsi que de traités d'investissement. Ils ont signé 32 CEPA avec des pays issus de différentes régions et d'autres négociations sont actuellement en cours. Déjà pôle commercial et touristique bien établi, les Émirats arabes unis cherchent à renforcer leur statut de puissance financière et à se développer dans des secteurs tels que les énergies propres, la technologie et l'agroalimentaire. La sécurité alimentaire est une préoccupation géostratégique majeure pour les Émirats arabes unis, en raison de leur forte dépendance aux importations de denrées alimentaires. Grâce à un réseau de ports et de plateformes logistiques étroitement contrôlé, ainsi qu’aux nouveaux CEPA, les Émirats arabes unis visent à devenir une plaque tournante centrale du système commercial agroalimentaire mondial, permettant aux multinationales d'importer et réexporter des produits à travers l’Asie, l’Afrique et l’Europe, rapidement et sans droits de douane.
En 2025, la mobilisation de la société civile a incité les membres du Parlement européen à demander l'arrêt des négociations sur l'accord commercial entre l'UE et les Émirats arabes unis, en raison des inquiétudes concernant d'éventuelles ventes d'armes à la force paramilitaire soutenue par les Émirats arabes unis, les Forces de soutien rapide, accusée d'avoir commis des crimes de guerre au Soudan.
L'Arabie saoudite, un autre État du CCG, s'efforce également de conclure des accords commerciaux. Rien qu'en 2025, elle a signé un accord commercial avec le Soudan du Sud et des traités d'investissement avec l'Égypte, la Syrie et l'Uruguay. Elle a également entamé des négociations en vue de la conclusion de traités bilatéraux d'investissement avec l'Inde et Hong Kong, ainsi que d'un accord de libre-échange avec la Thaïlande. De son côté, Oman a signé un accord de libre-échange avec les États-Unis en 2006, puis un autre avec l'Inde en 2025.
L'Iran n'a signé un accord de libre-échange qu'avec l'Union économique eurasienne (UEE) en 2025 et entretient des accords commerciaux préférentiels avec la Turquie et le Pakistan.
Israël a signé des accords de libre-échange avec des pays ou des blocs régionaux tels que le Canada, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, l'AELE, l'UE, la Jordanie, le Mercosur, le Mexique, le Panama, la Corée du Sud, la Turquie, l'Ukraine, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Vietnam. Des négociations sont en cours avec Bahreïn, la Chine, l'Inde, la Moldavie et la Serbie. Le gouvernement explore également des possibilités avec l'Australie, le Japon et la Thaïlande. Israël utilise ces accords commerciaux pour étendre la sphère d'influence de ses multinationales, dont la plupart s'appuient sur l'occupation illégale de la Palestine.
L'initiative citoyenne européenne « Justice pour la Palestine » a appelé à la suspension de l'accord d'association entre l'UE et Israël, en réponse aux nombreuses violations des droits humains commises par cette dernière pendant la guerre à Gaza, ainsi qu'à ses manquements à de multiples règles et obligations découlant du droit international. La campagne a recueilli plus d'un million de signatures. Des appels similaires ont également été lancés par la Coalition européenne pour un commerce plus juste, les syndicats européens et des centaines d'organisations de la société civile. Au cours des deux dernières décennies, des mouvements sociaux dans d'autres pays ayant signé des accords de libre-échange avec Israël se sont mobilisés en solidarité avec la Palestine. Des actions ont notamment été menées au Canada, au Costa Rica, en Inde et au sein du Mercosur. Une victoire majeure a été remportée en Colombie en 2025, lorsque le pays a annulé son accord de libre-échange avec Israël.
La Turquie a également développé un vaste réseau d'accords de libre-échange. Elle a conclu mis en œuvre des ALE avec l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Chili, l'AELE, l'Égypte, les îles Féroé, la Géorgie, le Kosovo, la Malaisie, Maurice, le Monténégro, la Moldavie, le Maroc, la Macédoine du Nord, la Palestine, le Qatar, la Serbie, Singapour, la Corée du Sud, la Tunisie, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni et le Venezuela. Des accords de libre-échange avec le Liban, le Soudan et l'Ukraine sont en cours de ratification et des négociations sont en cours avec le CCG, l'Indonésie et le Japon. En 2021, les syndicats britanniques et turcs ont exigé la suspension de l'accord commercial entre le Royaume-Uni et la Turquie, en raison de violations des droits du travail dans ce pays.
L'ambassadeur de l’UE en Tunisie compte mettre l’accent sur l’association de la Tunisie à deux nouvelles initiatives de la Commission européenne en matière d’investissement et de commerce.
L'Association européenne des fruits et légumes FruitVegetablesEurope a saisi la Commission européenne pour qu'elle agisse contre « le non-respect et la non-application des mesures prévues dans l'accord UE-Maroc »
Un député français a interrogé le gouvernement de son pays sur le respect des engagements européens en matière de droits fondamentaux concernant l'application des accords commerciaux UE-Maroc au Sahara occidental occupé.
L’accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) questionne les limites de la souveraineté du pays : non seulement dans la manière de négocier mais aussi par l’obligation d’harmoniser la législation nationale avec celle de l’Union européenne.
La Cour européenne de justice se penche une nouvelle fois sur le dossier du Sahara occidental, les indépendantistes du Front Polisario contestant des accords UE-Maroc permettant à Rabat d’exporter tomates, melons et poissons de l’ancienne colonie espagnole.
L'Union européenne prétend être un lieu de démocratie et des droits humains, mais elle néglige la réalité au Sahara occidental et mène ses politiques en pleine connaissance de cause.
Le Front Polisario avait introduit des recours contre l’accord de libre échange et l’accord de pêche "après que l’UE et le Maroc aient ignoré les décisions de la CJUE", en violation même du droit international.
La séance examinera le recours formulé par le Front Polisario contre la décision du Conseil de l'UE d'inclure, dans l'accord de libre-échange avec le Maroc, les territoires occupés du Sahara occidental.
Nous ne pouvons pas attendre de miracle, ni même d’amélioration économique significative avec l’ALECA, d’autant plus que ses conséquences politiques et sociales irréversibles risquent d’empêcher le développement du pays.