«Il faut sortir l’agriculture de tous les accords de libre-échange» : les syndicats agricoles vent debout contre l'accord UE-Australie

Europe 1 | 25 mars 2026

«Il faut sortir l’agriculture de tous les accords de libre-échange» : les syndicats agricoles vent debout contre l'accord UE-Australie

par Maud Baheng Daizey, Emma Ben Youssef Sudarovich

Signé le 24 mars à Canberra, l’accord de libre-échange UE-Australie doit permettre une hausse des exportations de viandes australiennes vers l’Union européenne, ainsi que l’utilisation en Australie de certaines appellations protégées européennes. Un projet décrié par les syndicats agricoles européens et français.

Droits de douane, bœuf, voiture, alcool, de nombreux points sont évoqués dans un accord de libre-échange signé le 24 mars, qui vise à renforcer le partenariat commercial entre l’Union européenne et l’Australie. Mais à peine signé, cet accord est décrié par les syndicats agricoles européens, qui craignent un "Mercosur bis".

"Logique décroissante de l’agriculture européenne"

Avec cette signature, les agriculteurs et viticulteurs australiens pourront utiliser des appellations géographiques européennes, telles que "feta", "gruyère" (si le producteur l’utilise depuis plus de 5 ans), ou encore "prosecco" sur le marché intérieur australien et les exportations.

De plus, le quota de bœuf australien autorisé à être vendu sur le marché européen va être multiplié par dix, soit 30.600 tonnes de viande bovine sur sept ans, avec des droits de douane réduits. Un point qui inquiète fortement les éleveurs européens, déjà désavantagés par l’accord avec le Mercosur.

Dans un communiqué du 20 février 2026, la FNSEA et JA (Jeunes Agriculteurs) ont dénoncé "un accord asymétrique qui ferait peser une pression accrue sur les filières bovine, ovine, sucrière et rizicole" européennes.

Selon les deux syndicats, "la Commission européenne persiste et reproduit les mêmes erreurs stratégiques que par le passé. Après le Mercosur, la Nouvelle-Zélande, c’est désormais l’accord commercial avec l’Australie qui s’inscrit dans cette logique décroissante de l’agriculture européenne." Ils ont également pointé du doigt une "concurrence accrue sans réciprocité des normes."

"Ursula von der Leyen ouvre nos marchés de manière irresponsable"

Patrick Bénézit, 2e vice-président FNSEA et président de la Fédération Nationale Bovine, est très remonté contre la signature de cet accord. Il explique qu'en "Australie comme au Brésil, ils utilisent des hormones de croissance interdites chez nous, ainsi que des antibiotiques, et les normes de bien-être animal sont inexistantes" par rapport à l'Europe.

Il ajoute que "tout ce qui interdit chez nous est autorisé chez eux, donc c'est une concurrence déloyale. Et c'est un non-respect du consommateur européen et des règles qui font notre bonne vie en société. En une signature, Ursula von der Leyen ouvre nos marchés de manière complètement irresponsable."

"Aujourd'hui, Mme Von der Leyen avance toute seule, sans sans avoir la bénédiction des Etats-membres et des eurodéputés. Pour nous, l'accord Australie-UE est au même niveau que le Mercosur, c'est pour nous le même combat", a-t-il déclaré. "Il ne faut pas que cet accord aboutisse et soit ratifié, et nous ferons tout pour empêcher cette ratification", a conclu Patrick Bénézit.

"L’exception agriculturelle" pour sortir l’agriculture du libre-échange

Pour Véronique Le Floc’h, agricultrice française dans le Finistère et représentante du syndicat Coordination rurale, "l'Union européenne persiste dans sa bêtise, c’est-à-dire dans le sacrifice de l'agriculture".

Selon l’agricultrice, l’Europe a bien besoin "d'aluminium, du lithium, du manganèse, ce dont dispose très largement l'Australie", mais ce n’est pas une raison pour "multiplier par 10 les exportations australiennes de viande bovine" en Europe.

Véronique Le Floc’h remet également en question l’empreinte carbone de tels échanges. "Pour un continent qui veut sa neutralité carbone dans les décennies à venir, affréter vers l’Europe des cargos qui mettront entre 8 et 10 semaines" à arriver à destination ne lui parait que très peu écologique.

Sans compter que pour supporter un tel voyage, la viande est congelée, ce qui signifie "une augmentation de la consommation d’énergie. Et là, on n'entend pas les écolos, alors qu'ils devraient être vent debout avec nous pour notre santé et surtout celle de l'environnement", a-t-elle fustigé.

La Coordination rurale revendique également "l’exception agriculturelle", à savoir la reconnaissance de l’agriculture comme une activité économique vitale qui doit être protégée du libre-échange.


  Source: Europe 1