Les Echos | 15 avril 2026
Guerre commerciale : pourquoi le Mexique est de plus en plus écartelé entre les Etats-Unis et la Chine
par Marine Lebègue
L'échéance est dans quelques mois, mais le Mexique se prépare déjà et l'anxiété monte. Le 1er juillet 2026, le pays latino-américain fera face à un enjeu de taille pour son économie : la révision de l'USMCA, l'accord de libre-échange qui l'unit au Canada et aux Etats-Unis.
Les trois voisins décideront s'ils renouvellent l'accord en vigueur depuis 2020, successeur de l'Alena qui existait depuis 1994. S'ils tombent d'accord, le traité sera prolongé pour seize années de plus, assurant la libre circulation des marchandises entre les trois pays. Pour le Mexique, dont 80 % des exportations sont dirigées vers les Etats-Unis, le renouvellement de l'USMCA est vital.
Menaces douanières
Sans un tel traité, les menaces de droits de douane de Donald Trump s'appliqueraient et risqueraient de ruiner l'économie mexicaine. Le président américain ne s'est d'ailleurs pas privé, ces derniers mois, d'agiter la menace d'un refus comme moyen de pression vers son voisin du sud, notamment pour servir ses propres intérêts dans sa guerre économique contre la Chine.
« Les négociations ont commencé en amont de la révision de l'USMCA, et les discussions portent sur les règles d'origine, plus précisément concernant l'industrie automobile. L'objectif pour Washington est de freiner l'investissement chinois, en première ligne dans ce secteur », pointe José Ignacio Martinez Cortes, coordinateur du Laboratoire d'analyse du commerce, de l'économie et des affaires de l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM).
Selon l'expert, les Etats-Unis cherchent, à travers ces négociations, à affaiblir la relation économique entre le Mexique et la Chine. Donald Trump a accusé à plusieurs reprises son voisin du sud d'être une porte d'entrée pour les marchandises chinoises, qui sont ensuite écoulées aux Etats-Unis. Résultat, « tout en imposant lui-même des droits de douane à la Chine, Donald Trump fait pression sur le Mexique pour qu'il le fasse aussi ».
Taxer la Chine
C'est déjà le cas, en partie. Depuis le 1er janvier 2026, Washington a obtenu de Mexico l'instauration de taxes entre 20 % et 50 % sur plus de 1.400 produits en provenance de plusieurs pays d'Asie. « En réalité, elles visent surtout la Chine, car c'est le principal exportateur de la région vers le Mexique », précise l'économiste de l'UNAM.
Une décision qui coûte cher à l'empire du Milieu. Le ministère du Commerce chinois estime les pertes à plus de 30 milliards de dollars au total, dont le tiers proviendrait de l'industrie automobile, le Mexique étant le premier marché du géant asiatique dans ce secteur. Côté mexicain, le ministère de l'Economie a estimé que ces taxes permettraient une entrée de 30 milliards de pesos par an (1,6 milliard d'euros) dans les caisses de l'Etat, et entraîneraient une hausse de l'inflation de 0,2 %.
Relation asymétrique
En réponse, la Chine a menacé d'instaurer des contre-mesures. Pas de quoi inquiéter l'économie mexicaine pour autant, au vu du profond déficit commercial du Mexique vis-à-vis de la Chine. Cependant, en s'éloignant de son deuxième partenaire commercial, le Mexique accentue une dépendance économique déjà marquée envers les Etats-Unis, creusant la différence avec le troisième membre du trio nord-américain, le Canada.
« Le Canada n'a pas cédé à la pression des Etats-Unis, rappelle José Ignacio Martinez Cortes. Le Premier ministre canadien a même réduit les taxes que son pays impose aux importations chinoises. Il peut se le permettre, car il n'est pas aussi dépendant des Etats-Unis. » Les exportations vers les Etats-Unis représentent 25 % du PIB du Canada, contre 38 % du PIB du Mexique.
« C'est là le talon d'Achille du Mexique, estime l'économiste. Même s'il a essayé à travers plusieurs programmes, ces quarante dernières années, le pays n'a pas réussi à diversifier ses marchés. » Et la dernière décision prise par la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum ne semble pas s'éloigner de ce cap : le 1er avril, elle a choisi Roberto Velasco pour être son nouveau ministre des Affaires étrangères, un homme politique mexicain connu pour ses prises de position en faveur des Etats-Unis.